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Le prix caché du commerce de détail d’aujourd’hui

Pourquoi la hausse des coûts transforme le marché et comment l’innovation y répond

Au cours de la dernière décennie, le commerce de détail a connu une transformation aussi spectaculaire que n’importe quelle autre dans son histoire. Les magasins phares sont devenus de véritables déclarations architecturales. Les pop-ups apparaissent du jour au lendemain, attirant des files d’attente qui s’étirent jusque dans la rue. Les projets immobiliers mixtes transforment les centres commerciaux en destinations de vie où l’on peut magasiner, manger, travailler et même habiter.

Mais derrière les vitrines soignées et les expériences éclatantes se cache une réalité plus discrète. Une réalité racontée non pas à travers des slogans marketing percutants, mais dans l’escalade constante des coûts. Des primes d’assurance qui explosent aux coûts de construction atteignant des records, chaque recoin de l’écosystème du commerce de détail subit la pression.

Pour certains, ces défis représentent des obstacles. Pour d’autres, ils sont des accélérateurs de changement. La question n’est pas de savoir si le marché peut s’adapter, mais à quelle vitesse, et qui sera laissé derrière.

Hausse des coûts d’exploitation

Les détaillants et les propriétaires sont pris en étau alors que les dépenses montent en flèche. Les charges communes (CAM), les services publics, le déneigement et les taxes grimpent, tandis que les primes d’assurance ont bondi de 5,3 % au Canada, l’Alberta menant la marche avec une hausse impressionnante de 9,1 % en glissement annuel en 2025 [1]. Le vieillissement des centres ajoute à la pression, un simple remplacement de système CVC coûtant entre 10 000 $ et 45 000 $ [2].

La sécurité est devenue l’un des postes de dépenses les plus coûteux pour un détaillant. Les pertes liées au vol montent en flèche : les magasins canadiens perdent environ 5 milliards de dollars [3], tandis que les détaillants américains ont vu leurs pertes grimper à 122 milliards de dollars—soit une hausse de 19,4 % rien qu’en 2023 [4]. Une grande partie de cette hausse est liée au crime organisé, transformant un coût opérationnel autrefois gérable en véritable crise pour l’industrie. Les incidents de « smash and grab » (vols éclairs avec effraction) augmentent, particulièrement dans les bijouteries, semant l’anxiété chez les clients, perturbant les employés et forçant les entreprises à consacrer des ressources considérables à la prévention et à la protection.

Les propriétaires font face à une contestation accrue des locataires concernant les hausses de CAM et à une surveillance plus stricte des états de consolidation, tandis que les détaillants voient leurs marges se réduire sous l’effet de coûts d’occupation en forte hausse. Avec une inflation américaine atteignant 8,6 % en mai 2022—la plus forte hausse sur 12 mois en 40 ans—et des prix de l’énergie en hausse de 27 %, les coûts d’opération grimpent plus vite que prévu [5]. Depuis, l’inflation aux États-Unis et au Canada a reculé par rapport à ses sommets de 2022, mais les coûts demeurent suffisamment élevés pour maintenir la pression sur les détaillants comme sur les propriétaires.

Entre 2021 et 2025, les détaillants ont dû naviguer dans une tempête parfaite de hausse des coûts, de tarifs douaniers et d’inflation. Chaque décision devient un exercice d’équilibriste : augmenter les prix et risquer d’aliéner la clientèle, réduire les coûts et compromettre la qualité, ou investir dans une production plus intelligente et des sources d’approvisionnement innovantes. Pourtant, cette pression engendre une nouvelle forme d’agilité : les détaillants rationalisent leurs opérations, protègent leurs marges et s’étendent de manière stratégique… un mouvement calculé à la fois. Résultat ? Une industrie plus « lean », plus affûtée et plus résiliente, prête à prospérer dans un marché complexe.

La bonne nouvelle ? La technologie. Les caisses automatisées accélérées par l’IA fluidifient les transactions et réduisent les besoins en personnel, tandis que les systèmes avancés de gestion des stocks optimisent l’approvisionnement, préviennent le surstockage et réduisent le gaspillage. L’analytique prédictive peut même anticiper des problèmes de maintenance avant qu’ils ne deviennent coûteux. Ensemble, ces outils offrent aux détaillants un meilleur contrôle de leurs dépenses, freinant progressivement la hausse des coûts et transformant l’efficacité en avantage compétitif clair. Cette transition vers un environnement technologique ne peut réussir qu’à travers des partenariats : soutien financier, améliorations apportées par les propriétaires aux espaces communs, ou flexibilité dans l’aménagement des locaux. À Vancouver, la mise en place d’un système de sécurité basé sur l’IA a permis de réduire le vol de 51 % en 12 mois, et les détaillants ont rapporté une diminution moyenne des pertes de 0,42 %, soit environ 318 000 $ d’économies combinées [6]. Ce mouvement n’est pas le fruit d’un seul effort, mais bien d’une collaboration.

 

Les coûts de développement et de construction freinent la croissance

Au sud de la frontière canadienne, 80 % des entreprises américaines déclarent avoir de la difficulté à trouver de la main-d’œuvre qualifiée [7], ce qui allonge en moyenne les échéanciers de projet de 25 à 30 % [8]. Dans certains cas, les projets sont tout simplement abandonnés parce que le « coût de construction » dépasse les retombées prévues.

Les détaillants, surtout ceux qui ont des plans d’expansion ambitieux, ressentent fortement cette pression. Les nouveaux emplacements désirés sont souvent retardés ou réduits. Beaucoup réagissent en repensant le format de leurs magasins et en bonifiant l’expérience en magasin, bien que ces améliorations entraînent elles aussi des coûts plus élevés.

C’est ici qu’interviennent la construction modulaire et préfabriquée. Starbucks, entre autres, adopte des unités modulaires qui peuvent être installées et opérationnelles en quelques semaines plutôt qu’en quelques mois. Pour les promoteurs comme pour les locataires, l’attrait est évident : rapidité, prévisibilité et capacité d’adaptation aux conditions changeantes du marché. Cette approche soucieuse des coûts est devenue un catalyseur de croissance et a rapidement transformé la stratégie adoptée par les détaillants.

 

 Source

Le coût du capital redessine la stratégie

De 2020 à 2022, la Banque du Canada a relevé ses taux d’intérêt à dix reprises, culminant dans la plus forte hausse de son taux directeur depuis 2000 [9]. Bien que les taux aient légèrement baissé depuis, le coût élevé du capital continue de transformer les stratégies du commerce de détail. Le financement de nouveaux magasins, de rénovations d’envergure ou de projets immobiliers mixtes est devenu plus onéreux, poussant détaillants et propriétaires à repenser leurs plans de croissance. Les projets ambitieux sont de plus en plus fractionnés en investissements échelonnés, avec un accent accru sur l’atteinte de seuils de performance précis. L’expansion demeure ambitieuse mais hyper ciblée—guidée par la stratégie, la performance et l’adaptabilité plutôt que par l’échelle, dans un paysage façonné par l’évolution des tendances et la montée des coûts.

La solution réside autant dans la conception que dans la conclusion d’ententes. Les partenariats avec les municipalités, les co-investissements avec les locataires et les stratégies mixtes revitalisent des projets qui, autrement, auraient été mis en suspens. Ces collaborations ne sont pas seulement des économies de coûts, elles façonnent les espaces commerciaux de demain, où le commerce se marie harmonieusement à la culture, à la communauté et à la commodité.

La nouvelle réalité

La hausse des coûts n’est plus un simple soubresaut, elle constitue désormais l’arrière-plan de chaque décision dans le commerce de détail. Mais l’histoire montre que ce secteur a toujours prospéré en période de changement. Tout comme les centres commerciaux se sont autrefois réinventés avec des attractions de divertissement et des locataires axés sur l’expérience, les centres et détaillants d’aujourd’hui trouvent de nouvelles façons de demeurer compétitifs.

Le livre de jeu est en train d’être réécrit : efficacité plutôt qu’excès, collaboration plutôt que compétition, adaptabilité plutôt que tradition. Ceux qui embrassent ces changements ne se contenteront pas de survivre, ils définiront le rythme de la prochaine ère du commerce de détail. Ceux qui résistent risquent de voir la vague passer sans eux.

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Sources

      1. Canadian Underwriter. How Much Home Insurance Rates Are Up in 2025.https://canadianunderwriter.ca/news/industry/how-much-home-insurance-rates-are-up-in-2025
      2. Atlas AC Repair. Commercial HVAC Cost Guide. https://atlasacrepair.com/cost/commercial-hvac-cost
      3. Gifford Carr. Retail Theft & Violence: Protecting Your Business This Holiday Season. https://giffordcarr.ca/blog/retail-theft-violence-protecting-your-business-this-holiday-season
      4. DealAid. Retail Crime Data. https://dealaid.org/data/retail-crime/
      5. Norris McLaughlin. Client Alert: Commercial Leases & CPI Revisited. https://norrismclaughlin.com/articles/client-alert-commercial-leases-cpi-revisited
      6. ViewTech. What Is Shrink in Retail? https://www.viewtech.ca/what-is-shrink-in-retail/
      7. Associated General Contractors of America. Eighty Percent of Contractors Report Difficulty Finding Qualified Craft Workers. https://www.agc.org/news/2019/08/27/eighty-percent-contractors-report-difficulty-finding-qualified-craft-workers-hire
      8. ZIPDO. Commercial Construction Industry Statistics https://zipdo.co/commercial-construction-industry-statistics/
      9. Nesto. Mortgage Basics: Bank of Canada Interest Rate. https://www.nesto.ca/mortgage-basics/bank-of-canada-interest-rate/

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